La Passion

« la passion, une énergie inaudible qui sculpte notre être et qui nous vient de notre plus profond mystère, cet élan à vif porté par cette foi qui couronne la vie que nous ponctuons par nos actes et qui, malgré la dureté de celle-ci, toujours debout nous préserve… »

Vincent Guderzo

 

 

 PROJET ARTISTIQUE

I. CONCEPT PREALABLE A LA CONCEPTION DE L’ŒUVRE

 Dans un esprit de performance artistique contemporaine et de jeune sculpture possédant la liberté inhérente aux créations plastiques d’aujourd’hui, je me propose de réaliser un projet dont le concept dominant s’articule autour de la notion de « Passion ».

Esthétiquement parlant, la passion désigne le moteur de désir, les pulsions d’Eros, poussant le plasticien à évoluer dans son univers plastique, à sublimer le Réel, à illustrer son Temps et à offrir une interprétation intimiste de sa perception du monde, de ses semblables et de lui-même.

Prônant les valeurs humaines qui, par delà le relativisme culturel et les structures inhérentes à chacun, se retrouvent dans l’âme de chaque homme et de chaque femme, ma conception de l’art se réclame d’une approche dépassant les clivages historiques, sociaux ou politiques, choisissant l’idée de « conscience universelle » rassemblant les hommes, leur conférant tolérance, respect et valeurs humanistes communes. En toute âme un cœur vibre à l’unisson de l’univers et l’humain ressent depuis les ébauches des premières civilisations le besoin de répondre à des questionnements internes, liés à ses sentiments vibratoires. Ainsi, La « Passion » invoque-t-elle une énergie immanente et puissante, canalisée par le praticien à l’écoute des muses qui l’inspirent, se laissant submerger par l’onde sensualiste et le potentiel créatif qui en résulte. De ce souffle incantatoire, issu de la Passion, une soumission aux caprices de la matière naîtra, grisante, exaltante, consumant le geste, le mouvement, l’énergie, telle une amante insatiable exigeant que ses désirs trouvent un écho absolu en ceux de son amant. En cela, la notion de « passion » trouve le dualisme de sa symbolique et de son sens étymologique, celui qui expose le créateur à se soumettre volontairement à une œuvre déjà présente en substance dans la matière support et qui réclame la main de son créateur pour la révéler charnellement au tangible. Le sculpteur pense en marbre, en glaise, en acier ; pense avec ses outils qui savent transformer ses pensées et ses sentiments en œuvre jaillissante à laquelle il consacre puis concède une parcelle de sa propre âme. L’artiste dépose de manière libre, pertinente, l’intégralité de son concept sur le support matiériste, l’incarnant de façon empirique et matiériste. Ainsi, l’œuvre devient elle le réceptacle de la « Passion », l’empreinte de « l’épopée personnelle » du créateur…et plus encore, d’une âme humaine, se rapprochant de l’âme de tous les hommes et vibrant doublement aux battements de cœur de l’esprit universel…De cette approche créative surgit l’ensemble de l’Œuvre sculptée que je conçois…

II. PERTINENCE D’UNE EXPOSITION DE L’ŒUVRE D’ART

 Fermé, le lieu d’exposition s’ouvrira, telle une fenêtre sur l’infini, un voyage qui permet de « sortir de soi »; car d’elle émanera une énergie positive, véhiculant les valeurs universelles des artistes qui n’ont que la mesure de l’Esthétisme et de l’Ethique interne, inhérente à chaque conscience humaine; qui possèdent le respect de l’organique et la poésie de la matière et qui voient à travers l’œil interne de leur « Passion » créative, par delà…

Ouvert sur l’extérieur, le lieu d’exposition sera en symbiose avec le principe de création évoqué plus haut, à savoir renforcer par le biais de l’œuvre sculptée les valeurs humaines autour d’un sentiment universel et profond, celui de « la passion »…

III. DESCRIPTION DE L’ŒUVRE PROPOSEE : « LA PASSION »

Techniquement, la sculpture proposée sera un monolithe de 40cm de côté sur 2,80m de hauteur, sculpté au fouet. Le fouet, représentant un outil détourné, symbolisant à sa racine « les passions christiques » et la souffrance infligée à la chair, creusant, malmenant, blessant, meurtrissant ; est également un outil qui offre la possibilité au geste de suivre les courbes du hasard, laissant l’aléatoire rencontrer l’assurance et l’imperturbabilité ancrée au sol, érigée vers le ciel, du monolithe.

La matière première utilisée comme préambule au bronze sera la terre, sa source mère.

Le caractère violent de l’outil n’est pas choisi de façon anodine, à savoir qu’il détourne par son attitude créative le sens étymologique premier de la « Passion » dont les mots « pâtir » et « subir » sont synonymes. Cette souffrance condamne et nécessite que l’esclave s’affranchisse, dépasse la douleur qui l’assaille dans sa condition humaine et individuelle. L’art est ce dépassement; la gestuelle, son moyen de sublimer et de transcender. Ce qui est pénible se transmue alors en « valeur esthétique » et la passion accède à un autre sens qui lui appartient pleinement : celui de l’intensité du désir qui créé la volonté de puissance de l’acte créatif. De fait, une révolution du sens s’opère dans l’acte performiste qui supplante la notion de « pâtir » élève et transforme ce sens étymologique en lui insufflant sa part authentique de « passion comme désir moteur » de création contemporaine. Le mouvement gestuel dans sa course rejoint la stabilité à travers laquelle l’homme aime à se réfugier.

L’étreinte passionnelle de divers matériaux, la fusion du plein et du vide constellant les modulations de fissures créées par l’outil parviennent au paroxysme cognitif et intellectuel de l’unité de pensée et de la synesthésie des sens…en cela l’œuvre naissante accèdera à sa propre essence au fil des lieux d’expositions et des histoires des regards posés sur elle, lui imputant une âme propre et une présence incarnée ; celle dont jouissent les œuvres contemporaines de libre faction, de libre arbitre, de libre interprétation, de libre conscience.