BIO

Pour l’artiste qui ne vit que parce qu’il meurt un peu plus chaque soir de cet amour si profond qu’il conserve à l’art, la passion est sa promesse d’Absolu, celle qui offre dans un instant éphémère une étincelle d’Eternité. Cette passion possède en son ardeur un dualisme de la souffrance autant que l’appétit insatiable et sublimant du désir, bouche gargantuesque des possibles infinis…

Sous tensions créatrices de l’imaginaire, l’énergie du sculpteur se renforce et condense la matière tout en canalisant le caractère de l’oeuvrier, consacrant totalement son être au savoir faire; imprégnant alors les entrailles du support d’une signature symboliste. Celui-ci s’appliquant à l’art par la manière, il puise en sa vaillance physique le souffle immanent qui épousera la terre, la pierre, ou toute autre matériau choisi, de ses vibrations ; lui forgeant une âme en un écrin de bronze, ainsi que le pouvoir de s’incarner comme un golem de glaise qui, une fois libéré de l’intimité de l’atelier, décidera de livrer sa chair au regard d’autrui et de propager sa conscience…

Alchimiste et bâtisseur, le sculpteur sonde la matière de ses instincts et parfois tronque la nature de celle-ci dans ses alliages. Il en extrait ensuite la note de tête afin d’en constituer un parfum encensoir solide, dont les arômes seraient épargnés par les vents de la temporalité et, au fil de son travail, finit par devenir lui-même la césure entre savoir faire et savoir être.

Œuvre performiste, offerte au public depuis la 36 ème année du sculpteur Vincent Guderzo, « la Passion » se présente, telle une alchimie entre le travail contemporain du praticien qui perçoit le potentiel créatif du « hasard »gestuel comme autant de variations entre vide et plein, et ses fondements de praticien symboliste, proche du XXème siècle et d’un maître tel que Rodin.

Son propos artistique prône l’atemporel et l’abyssal, comme le sont les résonnances du cœur et de l’âme, indifférentes aux structures modernes et qui quelquefois, se morcellent pour se réincarner en petites œuvres aux postures bibliques, celles que Vincent Guderzo baptise ses « Ames brisées »…

Le sculpteur ici enregistre plus émotionnellement qu’il n’illustre intellectuellement son époque, excavant plus la surface apparente des choses qu’il ne l’ébaucherait par un croquis sur le vif. Rejoignant la tradition de ses pères spirituels, il leur voue son parcours d’oeuvrier, depuis qu’il a quitté l’école des Arts Appliqué de Roubaix et , tout comme eux , part du principe une chose, en révéler la sève, «  matière source subtile », il est nécessaire de l’appréhender de l’intérieur, faire jaillir la luminosité des ténèbres, irradier la forme par le caractère occultes des lignes, caressant le vide avide du plein…

Incarnant dans un chat bleu la royale indolence de la dëité égyptienne Bastét ; ou dans un buste de Rembrandt, Van Gogh, ou encore Che Guevara, l’ontologie intérieure de ces personnages historiques par l’expressivité tant humaniste que romantique des tracés, Vincent Guderzo s’attache à traiter le sujet et le matériau comme des bribes organiques élémentaires de la passion, qu’il convient de faire vivre non pas en tant que reliques d’un autre temps mais plutôt comme testament noble et leçon épique de nos ancêtres, à travers l’univers authentique d’un sculpteur du XXIème siècle…

Virginie Gauthier, avril 2011